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musée des Beaux-arts de Nancy

Glossaire des principales techniques

Textes de Christophe Bardin, extraits du catalogue Daum Collection du musée des beaux-arts de Nancy, 1999

Application

Petites pièces de verre rajoutées à chaud. Elles introduisent un décor en relief à la surface de l'objet.

Décoration intercalaire à grand feu

Ce procédé consiste à emprisonner un décor entre deux couches de verre.
La verrerie Daum en donne la définition suivante : "Nous désignons sous ce nom un décor préalablement exécuté à froid sur un bol de verre de forme quelconque, ouvert ou non aux deux bouts de façon à pouvoir être chauffé sans éclater, que nous réchauffons jusqu'au ramollissement pour le recouvrir ensuite intérieurement ou extérieurement ou intérieurement et extérieurement d'une ou plusieurs couches de verre en fusion et lui donner ensuite la forme définitive du vase et de l'objet souhaité. Le décor se trouve donc interposé au sein des parois vitreuses. Le bol initial se prépare et se façonne à chaud comme toutes pièce de verre brut, il peut être à plusieurs couches de verre de couleur (doublé, triplé, etc.) et recevoir en brut toute addition utile à la décoration (applications, cabochons, goirons, de toutes formes, couleurs et épaisseurs). La décoration du bol s'élabore ensuite à froid, comme s'il s'agissait d'un vase défini, au moyen d'émaux, peintures, gravures à l'acide ou à la roue et tous autres procédés connus1."

Email

La peinture à l'émail est un vieux procédé.
"Dans l'industrie de la verrerie, pour les gobelets, les drageoirs, les carafes, flacons, boîtes et autres objets de cet ordre, la décoration par l'émail, qui a été pratiquée dès la plus haute Antiquité et surtout chez les Arabes et chez les Vénitiens avec le plus grand éclat, n'a jamais été complètement abandonnée. [...] Ce fut Emile Gallé, le plus grand artiste de Nancy, qui contribua le plus largement à renouveler par l'émail le décor des objets de verre désignées sous le nom de gobeleterie²."

Très utilisée dans les premières années du département artistique, cette technique, qui consiste à peindre un motif sur le verre avec des émaux et à faire recuire le tout, est également d'actualité dans les années vingt, tant à la Manufacture que chez d'autres verriers.

Gravure à l'acide

Développée au milieu du XIXe siècle dans la cristallerie, la gravure à l'acide est d'abord utilisée dans la verrerie scientifique et de laboratoire comme un moyen de "graver les divisions sur les tiges de thermomètres, sur les burettes et pipettes graduées3" puis dans la verrerie artistique. Dans cette dernière, le travail à l'acide se déroule de la façon suivante : dans un premier temps, l'artiste de l'entreprise fait le dessin du décor. Ce dessin devient ensuite un poncif qui est appliqué sur la pièce afin de reproduire l'ornementation. A l'aide d'un vernis (généralement du bitume de Judée), l'ouvrier recouvre les parties du vase à protéger de la morsure. La pièce peut ensuite être travaillée de différentes façons, au pinceau ou plongée dans un bain.

Gravure à la roue

A l'aide de petites roues fixes recouvertes d'un abrasif (généralement de la poussière de diamant), le graveur dégage le motif souhaité (soit en creux : intaille, soit en relief : camée). Ce type de gravure permet également les effets de martelage (obtenus par l'enlèvement de petites facettes de verre).

Lamelles

Les "lamelles" sont des plaquettes de verre de quelques millimètres d'épaisseur rapportées à chaud sur la surface de la pièce, où elles créeront des zones de couleur qui pourront passer pour un multicouche.
Apparentées à la marqueterie sur verre mise au point par Emile Gallé, elles n'ont pourtant pas les mêmes ambitions. Il s'agit avant tout, comme pour la vitrification des poudres, de mettre au point des procédés économiquement rentables.

Multicouche

Le verre multicouche, travail à chaud qui se passe à la halle, est une superposition par ceuillage successif de couches de verre de couleurs différentes.

Généralement, les décors des pièces exigent des doublés ou des triplés, plus rarement quatre ou cinq couches de verre. Le travail est complexe et demande des verriers qualifiés. « Enfin les différents verres que l’on applique les uns sur les autres doivent avoir les mêmes coefficients de dilatation et d’élasticité, afin de prévenir toute rupture soit pendant le refroidissement, soit pendant le travail du verre à froid. Ce dernier point devient très difficile à réaliser lorsqu’on superpose jusqu’à trois et quatre couches de verres différents4. » Le coefficient de dilatation des différentes couches colorées, l’épaisseur identique demandée à chaque couche de verre sont autant de facteurs à dominer absolument pour éviter la destruction de la pièce. A une époque où l’empirisme est la seule façon de procéder, il faut souvent beaucoup d’essais et de tâtonnements pour arriver à un résultat satisfaisant. Il n’est pas étonnant alors que mélanges et compositions des verres colorés soient tenus secrets.

Pâte de verre

Ce procédé consiste à façonner un moule d’après un plâtre. Dans ce moule, est disposée de la poudre de verre finement broyée. Une lente cuisson (pouvant s’étaler sur plusieurs jours) est ensuite nécessaire pour obtenir la pièce souhaitée : « Un verre réduit en poudres diversement colorées est délayé en pâte et fixé au pinceau ou estampé dans les reliefs d’un moule de terre réfractaire moulé sur un moule de cire puis recouvert suivant les épaisseurs que l’on veut obtenir d’autres couches successives. Après décision, il est porté dans son moule, ou à nu, comme une porcelaine tendre au feu de moufle qui en réopère la fusion. Après cuisson, le moule devenu friable tombe en poussière, et la pièce de verre apparaît dans sa polychromie, solidifiée et homogène avec tous les modèles qu’elle a scrupuleusement épousés. Il ne reste qu’à la nettoyer et la polir suivant les cas5. »

Taille

Le tailleur travaille avec des meules aux profils variables et l’exécution d’une pièce comprend plusieurs stades : le compassage, c’est-à-dire la division du verre, pour donner au tailleur des points de repères ; vient ensuite l’ébauche à l’aide d’une meule, puis la taille proprement dite et enfin le polissage de la pièce.

Vitrification des poudres

On peut obtenir une gamme étendue de colorations en roulant la paraison (800°) sur des poudres de couleurs préalablement posées sur un marbre. Le verre est ensuite recuit à la flamme pour vitrifier la surface extérieure. Les motifs souhaités sont ensuite dégagés à l’acide ou/et à la roue. Essentiellement visible entre 1900 et 1914, cette technique appelée « vitrification des poudres » par l’entreprise Daum va permettre d’obtenir des pièces de couleur sans la difficulté du multicouche (en particulier sans les problèmes de dilatation).

1 Brevet d’intention pour quinze ans pour un nouveau mode de décoration dit « décoration intercalaire à grand feu », Paris, 23 juin 1899
2 Jules Henrivaux, La Verrerie au XXe siècle, Paris, E. Bernard et Cie imprimeurs-éditeurs, 1903, p. 384-385
3 Jules Henrivaux, Le Verre et le Christal, Paris, P. Vicq et Cie, 1897
4 Ibid., p. 752
5 Antonin Daum, Rapport sur la classe 12 à l’exposition des Arts décoratifs de 1925, archives Daum